Carnet de bord

Appel à participation, MAIF Social Club

Dans le cadre de Suite pour transports en commun à Paris, nous recherchons des amateurices pour participer à une expérience originale dans l’espace public parisien, qui aura lieu le samedi 4 juin (mais il est attendu des volontaires qu’iels soient également disponibles en amont).

Ce projet participatif ne requiert aucune compétence de chanteur.euse, il suffit juste d’avoir l’envie de partager un moment convivial. Vous connaissez tou.te.s la chanson « Foule sentimentale » d’Alain Souchon. C’est le cœur du projet !

Disponibilités requises et infos pratiques :

Le mercredi 1er juin de 18h à 20h : Présentation du projet + tessiture des voix
Le jeudi 2 juin de 18h à 21h30
Le vendredi 3 juin de 18h à 20h : dont 1h de répétition dans l’espace public
Le samedi 4 juin échauffement de 10h à 13h, démarrage de la représentation sur les quais à partir de 14h
Pour participer il vous suffit de venir avec un tapis de yoga, une tenue légère et votre envie communicative.

Dans votre email : votre nom-prénom, date de naissance et vos coordonnées et votre sexe. Merci d’indiquer dans l’objet : appel à participants : Suite pour transports en commun
Pré-inscription obligatoire avant le 23 mai 2022 par email : alvyn.soumahoro@maif.fr

 

Actualisation automne 2021

À Nantes en septembre, on a pris nos quartiers à Commerce, station de tram du centre-ville, pendant cinq jours. En s'installant ainsi sur l'espace public trois heures durant, on se met en lien avec celleux qui le traversent (flâneur.se.s, travailleur.se.s...) mais aussi celleux qui y passent réellement leur journée : mendiant.e.s, junkies, dealers, délaissé.e.s en mal de contact, etc. Quand on arrive, on essaie de prendre la mesure de ce que raconte l'endroit, dans ses couches ostensibles comme dans ses replis cachés.

Le premier jour, on en a pris plein la gueule.

On est venu poser nos petites chansons, toutes légères et modestes, et on attendu que la mayonnaise prenne. Pour ça, il nous fallait apprivoiser cet endroit ; et pour l'apprivoiser, il fallait tout d'abord l'écouter, l'observer, le mettre sous la loupe avec beaucoup de douceur et de respect. Cela signifiait se laisser impacter, toucher, traverser par tous les micro-événements de la rue, et se mettre en empathie, les corps connectés par les chansons, et par ce cordon invisible et animal qui relie inconsciemment les humains. J'ai l'habitude de dire que dans ces cas-là, c'est comme si les os de mon thorax s'ouvraient pour tout laisser rentrer. Une opération à coeur ouvert, quoi. Et quand tout rentre, ben... tout rentre. Le soir, on était à ramasser à la petite cuiller.

Dès le deuxième jour, on s'est senti plus à l'aise, plus alerte, plus relié, et la magie a commencé à opérer. Tu sais, Suite pour transports en commun, c'est une toute petite magie : tellement petite même, que si tu n'écoutes pas les comédien.ne.s te raconter toutes les interactions qu'iels ont eues, tu as l'impression qu'il ne ne s'est pas passé grand-chose. Forcément, sur l'espace public, la pudeur et la retenue sont de mise...

Avec les amateurices, le samedi, nous étions une grosse vingtaine à entonner Foule sentimentale. Je vous livre ici quelques phrases que certaines ont eu la gentillesse de nous adresser après :


Chanter comme Souchon (septembre 2021)

"Et si chanter comme Souchon

était la solution ?

C'est elle qui l'a dit

c'est elle qui a raison

Un jour je suis allée

avec une dizaine d'illuminé.e.s

chanter sur un quai bondé

de gens de toute la société

de chair et d'os et chair de poule

chaque regard croisé, chaque note ratée

retour de marché, bobos et ceux qui coulent

t'es pas dans the voice, là est la réalité

Tu donnes aux autres, mais c'est toi qui reçois

Et cette fois là, c'est aussi toi qui vois

ensemble mais seul, seul mais ensemble

Prends le ! Cet espace est à toi !

Une foule sentimentale qui a soif d'idéal

ça nous semble tellement banal

dans cette société tellement bancal

Le bien reste plus fort que le mal

un imprévu organisé

des respirations accordées

un secret partagé

des émotions échangées

Que plaider désormais ?

Chante Souchon ! C'est la solution !"

Bénédicte Lopez


"Les chants, les mots, le collectif, la poésie, le prendre soin de soi, de sa voix, de son corps et des autres, cela permet les rencontres, le faire-groupe et après le faire-société.

(...)

Pour moi encore...

Re… découverte des transports en commun. J’ai trouvé à être dans une place qui me place.

Enfin je peux être là et regarder l’effet que je fais sur l’autre en le regardant dans les yeux si je veux s’il le veut.

Re-mise en lien avec les sensations dans les transports publics lors de mon arrivée à Paris il y a 50 ans, venant de ma campagne…

Je regardais curieuse toutes ces personnes tous ces autres si autres... émerveillement…"

Maryvonne Bricaud Lame


"Cette immersion collective et individuelle qui a renversé, inversé, équilibré les poids du monde, un instant, et nous offre, toutes et tous, à la lisière du tram, à nous-mêmes, dans le grand Nous du dedans et du dehors et du lieu commun ! Cette expression de lieu commun est souvent utilisée dans un sens péjoratif, là, il prend tout son sens et devient là, honneur des yeux, des bouches et des oreilles... et de nos cœurs qui pulsent ensemble... On n'y pensait plus....

Alors je me suis souvenue que dans cette expérience, nos cœurs, tous, vibrent à l'unisson, de tout horizon, de toutes confessions, en toute discrétion... on l'aurait presque oublié... il y a eu ce moment de foule sentimentale... (...) Ici, les mots cohérence et incarnation prennent tout leur sens, et le sacré de ce projet est pour moi évident !"

Mathilde Pruvost


"(...) Puis sur le bord d'un quai tout d'un coup j'ai eu les yeux qui se mouillent.
Puis samedi soir dans mon canapé j'ai eu comme une énorme boule.
Et me voilà toute submergée, toute heureuse et toute déprimée à la fois.
Avec aussi tout plein d'idées et d'envie dans la tête, comme si je m'embarquais dans une grande aventure,
Alors qu'elle vient juste de se terminer, l'aventure,
Mais moi j'aime pas les fins et les au-revoirs, alors j'ai décidé qu'il n'y aurait que des débuts. Donc merci à tous pour ce début de plein de choses."

Anaïs Sendoa


"J+5 depuis la suite pour transports en commun

Foule sentimentale affleure sans que je m’y attende encore en plein milieu de la journée, de la nuit, au réveil… Comme un rappel.

Je me sens encore dans la résonance des instants vécus le jour J, et ceux qui ont précédés. Un caillou jeté dans l’eau. Je suis au 2nd ou 3ème rond. Bercée doucement à chaque irruption dans la journée de la mémoire de ces instants partagés.

Il y a une trace en moi, là où tant d’évènements nous traversent sans rien cristalliser à l’intérieur. J’aimerais la garder encore, la nourrir sans savoir comment aujourd’hui.

Je crois que ce qui m’a le plus touchée, c’est que tout cela est à la fois immense et tout petit. Immense car ça parle de l’essentiel : de cette humanité qui nous est si nécessaire, de la générosité que vous avez portée tellement haut à toutes les strates du projet, de lien, de connexion, de beauté, de poésie…

Petit parce que la proposition sur les quais du tram était subtile, fine, éphémère, non ostentatoire, proposer et non imposer, y compris dans le regard ; on est là parmi vous hommes, femmes et enfants qui traversent l’espace public, un instant, un instant seulement. Et on s’en va. Moi-même, je me suis sentie petite dans cette aventure. Il ne s’agissait pas d’être grande. Mais d’être là et de proposer.

Nourrie par l’expérience, par votre beauté les gars et les filles De chair et d’os et du Grand T, et les autres amateurs-trices. Je garde aussi un souvenir ému de Jean-Yves du Grand T passant entre nous et murmurant en dévoilant le fond de ses poches de veston : « j’ai des gâteaux, tu en veux ? ». Perfection, jusque dans les moindres détails !!!

J’aime bien l’idée d’Anaïs que tout cela n’est qu’un début…"

Cécile Picherit

 

Merci infiniment à vous toustes ! C'est brique à brique avec des morceaux de nous, et avec les bouts qu'ont rajoutés les usager·e·s, passant·e·s, habitant·e·s de la station Commerce, qu'on a construit tout ça !


Avec, à Nantes, les participant·e·s : Imane Azmy, Geneviève Billon, Elise Bouvry, Maryvonne Bricaud Lame, Florian Caillet, Salma Cherquaoui, Alissa Denissova, Catherine Guisnel, Jean-Michel Jaouen, Christelle Lambert, Esther Lefeuvre, Nicole Letertre, Bénédicte Lopez Gousset, Anne-Laure Mace, Marie Miannay, Cécile Picherit, Mathilde Pruvost et Anaïs Sendoa.

 © Lisa Surault