Les soubassements, 2018

MAISON GRAZIANA - Les soubassements
Un projet de Caroline Melon
Avec Maylis Détrie, documentariste sonore, Jonathan Macias, plasticien-scénographe, Ivan Mathie, photographe

2, 3 et 4 août - Création - Festival Fest'Arts
Les soubassements (Installation) - Chapelle de la Miséricorde
jeudi 2, vendredi 3 et samedi 4 août de 11h à 17h30 


Maison Graziana est un diptyque composé de deux installations : Les murs & Les soubassements

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En contrepoint du parcours immersif Les murs dans la Maison Graziana, Les soubassements donne accès au travail documentaire comme aux enjeux plus intimes qui ont nourri le processus de création. Dans ce projet "Maison Graziana", il est question d’histoires de femmes, de maternité et de féminité, de sa construction, de ses apparats, de ses mystères comme de ses rêves perdus.

©Ivan Mathie 


Les soubassements, août 2018 - Le récit 

Dès l’espace d’accueil de la chapelle, on se retrouve face à une photo très grand format de Caroline Melon et Jonathan Macias. La posture évoque un portrait de famille. Elle, assise au premier plan et lui debout derrière, une main sur son épaule. La qualité picturale de la photographie et l’attitude rigoriste de ses personnages situent l’image dans une époque incertaine. Le vernis à ongles que l’on voit dans un deuxième temps sur la main droite de Jonathan Macias installe une distance, un décalage. Celles et ceux qui ont visité Les murs, reconnaissent le duo, photographié dans la dernière salle de l’installation incarnant chacun des personnages de la fiction épistolaire. Jouant avec les « persona » comme autant de masques, ils démultiplient ici les identités, pour se glisser dans la peau de leurs personnages. 

Non loin de l’image, le romarin suspendu diffuse son odeur. Un visiteur toutes les cinq minutes pénètre dans la chapelle casque sur les oreilles après avoir dégusté un élixir. Les sens, le goût, l’odorat sont stimulés, l’immersion sensible a commencé. À l’intérieur, une chaise vide nous attend. Disposée à trois mètres de la porte d’entrée, elle fait face à l’exposition. Dans le casque, Édith Piaf chante « Non, je ne regrette rien ». Des photos sont disposées minutieusement à même le sol. Le regard suit les lignes dessinées avec précision par l’installation des documents jusqu’au pied de l’autel. Ce dernier est surmonté d’un immense double portrait. On retrouve le duo cette fois dans une mise en scène plus équivoque. Installées de part et d’autre du Christ recouvert d’un voile, les deux images donnent à voir tour à tour Caroline Melon et Jonathan Macias en nuisette posant dans l’escalier de la villa Graziana. La nudité, le travestissement, le jeu avec l’histoire sacrée des lieux, l’image est délibérément transgressive.

Après quelques couplets d’Édith Piaf, la voix de Caroline Melon interpelle le spectateur. Elle l’invite à se lever et déambuler entre les alignements de photos. Elle nous raconte le projet qui a donné lieu au parcours immersif Les murs, resitue le contexte et prend le soin de dire d’où elle parle. Depuis la place d’une femme, artiste, de 42 ans. Elle évoque l’histoire de cette famille, de Jeanine sa dernière occupante qui a légué la maison à la ville de Libourne, de Lucien son frère mort prématurément d’un cancer et de la faillite de l’entreprise. Puis, le document sonore donne à entendre la rencontre avec les proches, Paulette deuxième femme de Lucien et Régine, amie de Jeanine. On les entend toutes deux évoquer leurs souvenirs, parler de la douleur de la perte et de la disparition. Et du déchirement aussi de voir les brocanteurs s’arracher les affaires lors de la vente aux enchères. Le document sonore nous guide entre les images et retrace le parcours accompli par les artistes durant les temps de résidence du moment de la commande d’un projet autour de cette maison jusqu’à la création du parcours immersif Les murs. On entend les voix de Maylis Détrie, documentariste sonore, Ivan Mathie, photographe, Jonathan Macias scénographe et Caroline Melon. Ils évoquent leur installation dans la maison Graziana et les premiers souvenirs dans ces murs au cours des résidences de travail. Les recherches sur les arcanes du roman familial, dans les papiers, les témoignages et les entretiens avec les proches. L’enregistrement est doux, enveloppant. Ils racontent chacun comment ils ont tenté de se saisir de ces lieux malgré la puissance du personnage de Jeanine, de sa présence dans chaque objet. Comment habiter une maison encore peuplée des fantômes du passé ? Alors, le temps d’une semaine, ils font le choix d’y installer un semblant de quotidien et peu à peu superposent leurs vies, leurs récits à ceux des Graziana. 

Très vite ils se prennent à dessiner les contours d’une série de personnages masculins autour d’une héroïne féminine. C’est le début d’une autre histoire, d’une saga familiale, de Geneviève et des hommes de sa vie. Un prêtre, un avocat, un industriel... Transformés par le maquillage et les costumes, Caroline Melon et Jonathan Macias les incarnent un à un, leur donne corps littéralement. Inspirés par la figure emblématique de Jeanine Graziana, ils cherchent à imaginer ce que pouvait être la vie d’une femme de son milieu, célibataire, sans enfant au milieu des années 1960-1970 puis à la fin du 20e siècle. Par là, de grands thèmes de l’époque émergent. En particulier des questions autour de la féminité, de ses codes et de ses apparats dictés bien souvent par les représentations de la femmes dans les médias modernes. On est devant l’autel, au pied de ces 2 photos en nuisette et l’on entend Caroline Melon interroger les rôles sociaux de sexe, la puissance normative parfois des stéréotypes du féminin et du masculin, des limites ou des sacrifices qu’ils imposent. La voix de l’enregistrement nous invite alors à nous rapprocher de la sortie pour entrer dans le confessionnal. Installé à la place du prêtre, un comédien nous y attend. Il nous demande de tirer une carte de tarot divinatoire centré autour de réflexions sur la dualité masculin / féminin. Il invite à s’interroger en particulier sur la manière dont on se construit en tant que femme. La voix du comédien, apaisante, presque psychanalytique, nous mène insensiblement à l’introspection, vers des questions existentielles d’affirmation de soi, d’harmonie intérieure et d’émancipation.  

Cécile Broqua


 

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