Caroline Melon

Elle est née pendant les années 70 dans une petite ville du 93 et elle a vraiment cru pendant longtemps que c'était comme venir de nulle part. Rapidement, elle s’est inventé un autre pays natal sur une île bretonne qui convenait mieux à ses appétits d'espaces sauvages et de côtés découpées. Elle a obtenu à Paris 8 une Licence d'Information et de Communication qui, si elle ne l'a pas formée à un métier, lui aura au moins appris à penser, et c'est peut-être en effet ce que l'on demande à l'université. Elle a débarqué à Bordeaux en suivant, un peu par hasard, et l'époque bénie des emploi-jeunes l'a enrôlée immédiatement dans le joyeux monde de la culture française. Le reste est affaire de chance, de coup de poker, de coup de coeur, de rencontres avec des humains bienveillants et de fuite des autres.

Pendant douze ans, jusqu’en 2016, elle a dirigé Chahuts, association qui se préoccupe d'art, de culture et des gens, et des moyens de lier l'ensemble (www.chahuts.net). L’association est située dans le quartier de Saint-Michel, historique sas d’accueil des populations migrantes. Autour des arts de la parole, elle s’est attachée à construire des projets humains qui mêlaient artistes contemporains, habitants, personnes et problématiques de territoire. Ces dynamiques de longue durée ont par le biais artistique rassemblé de nombreux champs et leurs acteurs : le social, l’éducatif, l’urbanisme, le commerce, le tourisme...

Sa recherche, pendant ces années, a tourné autour de la complexe question de l’implication des populations les plus fragiles et les plus pauvres, de la diversité des publics, et de l’invention d’espaces de rassemblement, de réunion, pour tenter d’oeuvrer à la dignité des personnes et à leur émancipation (elle-même et ses équipes y compris, se mettant en jeu avec les gens et se détachant des points de vue de sachants). Le point d’orgue de Chahuts prend la forme d’un festival au mois de juin s’installant dans l’espace public, les appartements et les lieux culturels repérés, privilégiant la convivialité, la fête, les formes hybrides et les propositions surprenantes (cf documentaire Travaux : vous êtes ici). Chahuts en quelques chiffres : 3 salariées permanentes, 100 bénévoles, 250 000€ de budget annuel, 50 partenaires, entre 8 et 13000 spectateurs selon les années et les propositions.

Elle a occupé plusieurs fonctions au cours de ces années : présidente du Réseau National du Conte et des Arts de la parole, conseillère déléguée Arts de la parole de l’Oara, membre du Comité de perfectionnement du master d’Ingénierie de Projets Culturels de Bordeaux 3, membre du groupe On est un certain nombre. Elle a enseigné pendant 5 ans les « nouvelles méthodes de l’action culturelle » au sein du Master pré-cité. Elle intervient régulièrement dans des formations initiales et continues dans les champs de la culture et du social (IUT et DUT Carrières Sociales, Master 2 Développement culturel de la Rochelle, La Belle Ouvrage…)

Elle a quitté Chahuts fin 2016 pour se consacrer à ce qui l’habite depuis quelques années : la création artistique. Même si son medium favori est l’écriture, ses projets échappent à un résumé en une discipline ou une pratique, hormis ces traits de caractères régulièrement présents : un contexte amené par un.e commanditaire, une méthode mêlant documentaire et création, des lieux singuliers, des équipes constitués d’artistes et d’intervenants aux profils et compétences divers (coiffeur, strip-teaseuse, boulanger…), des dispositifs participatifs qui laissent une grande place au « spectateur », une démarche qui débute au moment de la réservation pour se poursuivre après le spectacle par divers moyens, un soin, une bienveillance et une attention singulières pour les humains participants, ainsi qu’un goût pour la fête et la convivialité très prononcé, et un appétit particulier pour l’expérimentation, le jeu, le mystère, la surprise.